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Gambie : les victimes du « remède » contre le sida de Yahya Jammeh portent plainte


publié le :02/06/2018
Trois Gambiens ayant suivi le prétendu traitement miracle de Yahya Jammeh contre le sida ont déposé plainte jeudi 31 mai devant la juridiction civile de la Haute Cour de Banjul. Ils accusent l’ancien président de traitements inhumains et dégradants et réclament des réparations. Ils étaient parmi les premiers à suivre le « traitement » expérimental du président. En janvier 2007, lorsque Yahya Jammeh, autoproclamé guérisseur traditionnel, affirme avoir trouvé un remède pour guérir du sida, ces deux hommes et cette femme sont à la tête d’associations de soutien aux malades. Et ils se retrouvent soudain à devoir lui servir de cobaye. Pendant six mois, ces Gambiens seront enfermés dans un centre de soin, et devront boire des décoctions à base de plantes jusqu’à s’en rendre malade, devant les caméras de la télévision d’État. « Mon expérience lors de cette période de traitement avec le président était vraiment horrible. J’aurais pu y perdre la vie » explique Fatou Jatta, l’une des plaignantes. Si la quinquagénaire en sort finalement vivante, un nombre incertain de « patients » en sont morts. « Traitements inhumains dégradants » Onze ans plus tard, ces trois Gambiens séropositifs, aidés par l’organisation AIDS-Free World et l’Institut pour les droits de l’homme et le développement en Afrique (IHRDA), sont bien décidés à obtenir réparation. Selon le texte de la plainte, ils s’estiment victimes notamment de « détention illégale » et de « traitements inhumains et dégradants ». Le faux traitement du président a eu des effets sur la lutte contre la maladie dans le pays « Yahya Jammeh est accusé de négligence pour s’être présenté comme quelqu’un capable de soigner le sida » détaille leur avocate, Combeh Gaye, interrogée par Jeune Afrique. « Et les plaignants en ont souffert : par exemple, durant le traitement, ils ont été forcés d’abandonner leurs antirétroviraux, les médicaments que prennent d’habitude les personnes porteuses du virus, pour consommer seulement les décoctions. Cela a eu des conséquences sur leur santé. » Le faux traitement du président a aussi eu des effets sur la lutte contre la maladie dans le pays. Le sujet étant devenu tabou, les organisations qui continuaient à proposer des traitements conventionnels devaient se faire très discrètes. Aujourd’hui, un peu plus d’1% de la population est séropositive, mais seul un tiers des malades se sait porteur du virus. Et ils sont encore moins nombreux à suivre un traitement. Un procès même sans Jammeh Dans l’enceinte de son palais de Kanilai, à l’est de la capitale, se trouvent encore des plantes séchées et des écorces qui permettaient à l’ancien leader de fabriquer ses potions. Sur une terrasse, des bidons jaune vif sont entreposés. Mais celui qui s’était attribué les titres de « professeur » et « docteur » sans diplôme du supérieur a abandonné les lieux : l’homme au boubou blanc se trouve désormais en exil en Guinée Équatoriale. Pour autant, les avocats du dossier ne sont pas inquiets : si l’ancien président refuse de se faire représenter lors du procès, le juge pourra malgré tout trancher en son absence. Selon Oludayo Fagbemi, juriste pour l’IHRDA, « les victimes espèrent que la cour établira que leurs droits ont été bafoués, et leur proposera une compensation, sous la forme de réparations financières. » Quant à savoir si l’absence de Yahya Jammeh peut empêcher les plaignants d’obtenir des dommages et intérêts, Oludayo Fagbemi est confiant : « Les lois gambiennes ont beaucoup de dispositions pour permettre les compensations. Si jamais la Cour tranche en notre faveur, il ne devrait pas y avoir de problèmes pour appliquer la décision. » Depuis l’année dernière, les biens de l’ancien président en Gambie ont été gelés par la justice, l’empêchant de toucher à ses possessions. L’étau judiciaire se resserre C’est la première fois que l’ancien leader gambien est visé directement par une plainte dans son pays. Une affaire portée devant une juridiction civile, et qui ne le menace donc pas de peine de prison. Pour Saramba Kandeh, de l’organisation AIDS-Free World, « cette action en justice sera le signal pour le monde que même les leaders les plus riches et puissants qui violent les droits de l’homme doivent ensuite répondre de leurs actes. » L’affaire devrait également être entendue par la future commission vérité et réconciliation, promise par Adama Barrow, et qui devrait se mettre en place au cours des prochains mois. Ces trois victimes font aussi partie de la campagne #Jammeh2justice, une initiative lancée en octobre dernier par plusieurs organisations qui souhaitent que l’ancien président soit jugé pour ses crimes présumés. Le collectif a obtenu une première victoire en révélant les dessous du meurtre en 2005 d’une cinquantaine de migrants ghanéens sur le sol gambien. Le gouvernement du Ghana a récemment indiqué qu’il était en train d’étudier une demande d’extradition. Si une telle demande aboutissait, les victimes gambiennes pourraient ensuite espérer voir l’ancien président être jugé pour les crimes commis contre son propre peuple. Encore faut-il que la Guinée Équatoriale accepte cette demande. Or son président, Teodoro Obiang Nguema, se positionne pour l’instant comme protecteur de Yahya Jammeh


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